Elle toussa en avalant une gorgée de poussière. C'était âpre. Sa toge perdait ses couleurs, se revêtait d'une couche jaune ternit. Elle du plisser les yeux sur le chemin, une route droite et montante. Elle évita de justesse une poutre, qui faillit lui taper sur le crâne. L'homme, musclé comme un b½uf, s'excusa de suite. Nous étions dans un Quartier bien élevé, fier de ses bienséances. Il fallait respecter la Loi, et, la morale. La misère était un fardeau, un sable mouvant. Comment s'occuper de tout ce monde ? Alors, pour de menus services, ils offraient un repas ou quelques piécettes. La plupart des mendiants trouvaient un petit boulot dans ce grand chantier. On les reconnaissait à peine. Les manutentionnaires étaient devenus des masses de crasse, de suie, de poudre. La rue principale arrivait à respirer, encore heureux. On distinguait encore ce ciel bleu, entre les échafaudages. Quel serait le visage de ce Quartier dans une vingtaine d'année ?
Pastel arriva à une grande porte. C'était un second rempart, séparant une ville dans la ville. Au-delà, on accédait aux sphères nobles. A l'ensemble huppé, loin de la misère grouillante. Le Beaux Quartier Religieux, gardé par cinq hommes armés. Le plus surprenant était leurs habits, des toges rouge sang, brodées d'argent. C'étaient des agents du Temple, le corps armé. Les Templiers jouissaient d'une réputation sans faille. Durs, justes, et efficaces. Une épreuve. Pastel allait devoir composer son meilleur rôle. S'ils décelaient, ne serait-ce que le soupçon d'un mensonge, elle était bonne pour une exécution directe. Le Temple régissait en ces rues. Il avait sa propre milice. Un véritable contre-pouvoir à l'empereur.
Pastel essuya son visage, et ses vêtements. Elle secoua ses cheveux, voulant se paraître présentable. Elle abandonna son sourire mesquin, son regard aguicheur. Elle prit un air doux, éthéré, une platitude réchauffante. Un calme dans le brouillard lumineux. Son corps était détendu, porté par la brise. Ses yeux avaient perdus leurs attraits, ils n'étaient plus hypnotiques. Toute son expression se portait sur l'ensemble du visage. Si on la croisait ainsi, on ne se souviendrait pas de son physique, mais d'une sensation.
- Bonjour ma s½ur. Que venez vous faire par ici ?
- Recueillir l'essence terrestre en vos murs.
Cette dernière phrase était un code. Pastel ne savait absolument pas ce que cela pouvait bien dire.
Pastel écarta son col. Dans le creux de sa clavicule se nichait un tatouage. Une sorte de rosace, faite de quatre cercles. Le garde la salua, et la laissa passer. La porte s'ouvrit.
De l'autre coté, tout était différent. Les remparts atténuaient le bruit. Le calme régnait. Nulle agitation. Nulle saleté. Il y avait de l'air, de l'espace. On distinguait des jardins publics, de la verdure, des terrasses. Les gens se promenaient tranquillement, ou discutaient sur un banc. Ils étaient vêtus sobrement, pour la plupart. Certains révélaient des goûts farfelus. Quoi de plus normal ? Le Quartier étalait son essence première : le Mysticisme. Les ordres se croisaient et s'entrecroisaient. Des sectes, sous-jacentes au Temple, prenaient place ici.
______Et puis, bien sûr, il y avait les célèbres écoles de magie. Sombres, gaies, secrètes. Opulentes, élitistes. Elles disposaient de ruelles entières, pour les plus anciennes. Un écriteau annonçait l'ouverture d'une nouvelle dans cette maison. Un autre annonçait une fermeture là bas. De jeunes élèves jacassaient sur les marches d'un manoir. D'autres, plus âgés, attendaient devant la vitrine d'un fameux libraire. Pastel ressentait la magie omniprésente par certains endroits. Cette dernière modifiait sensiblement la ville. Pour le meilleur, les pavés semblaient plus doux, la montée moins fatigante, la brise rafraîchissante. Et pour le pire, elle donnait parfois naissance à des mirages. La où apparaissait un jardin, ou un banc, il n'y avait que vide... Il fallait une parfaite connaissance du Quartier pour ne pas tomber dans le panneau.
Pastel avançait. Son but était tout là haut, sur le plateau. Elle distinguait déjà le bâtiment. Les Quatre Tours, reliées par de longs couloirs, l'enceinte. Et, le Temple Cube. Au centre.
Elle se remémora les informations essentielles.
« Quatre Tours :
Celle de Fer, elle s'occupe du corps armé, domicile, entraîne, éduque.
Celle Nuage, elle s'occupe du corps scientifique et magique, astronomie, découvertes etc....
Celle de Corail, elle s'occupe des novices, domicile, éduque...
Celle de Bois, s'occupant de l'administration. C'est dans la dernière qu'on doit se présenter.
Le Temple Cube est réservé à l'élite. Il y a une immense fresque sur chaque coté. Pierre et peinture. C'est une immense bibliothèque. C'est aussi le lieu de notre quête : le tombeau de la dépouille de Maxim.
Je suis S½ur Ferdine du couvent Saint Fleurit. Je viens en invité. Je dois étudier et emporter des livres pour mon Ordre. J'ai 28 ans. Mon contact est le Frère Wildrem. »
Sur ce dernier briefing, elle passa l'arche, et se dirigea vers la Tour de Bois.




