Couplet Quatrième

Couplet Quatrième
L'après midi faisait jouer les ombres. Elles s'étiraient minutieusement, dansantes, entre pavés et maisons. Elles fourmillaient, avec une vivacité rare. Le Quartier Religieux se révélait actif, en pleins travaux. Certaines rues étaient embrumées de poussière. Les pellicules volatiles brillaient à travers la rue, comme un strass de paillette sur les cheveux d'une enfant. Sale, ou gracieux, le quartier était peint d'argent, lumineux. Ombre et lumière. La fin de journée parait l'endroit de ses plus beaux atours. Poudre aux yeux. Pour Pastel, tout cela restait bruyant, sale, suffocant, insupportable.

Elle toussa en avalant une gorgée de poussière. C'était âpre. Sa toge perdait ses couleurs, se revêtait d'une couche jaune ternit. Elle du plisser les yeux sur le chemin, une route droite et montante. Elle évita de justesse une poutre, qui faillit lui taper sur le crâne. L'homme, musclé comme un b½uf, s'excusa de suite. Nous étions dans un Quartier bien élevé, fier de ses bienséances. Il fallait respecter la Loi, et, la morale. La misère était un fardeau, un sable mouvant. Comment s'occuper de tout ce monde ? Alors, pour de menus services, ils offraient un repas ou quelques piécettes. La plupart des mendiants trouvaient un petit boulot dans ce grand chantier. On les reconnaissait à peine. Les manutentionnaires étaient devenus des masses de crasse, de suie, de poudre. La rue principale arrivait à respirer, encore heureux. On distinguait encore ce ciel bleu, entre les échafaudages. Quel serait le visage de ce Quartier dans une vingtaine d'année ?

Pastel arriva à une grande porte. C'était un second rempart, séparant une ville dans la ville. Au-delà, on accédait aux sphères nobles. A l'ensemble huppé, loin de la misère grouillante. Le Beaux Quartier Religieux, gardé par cinq hommes armés. Le plus surprenant était leurs habits, des toges rouge sang, brodées d'argent. C'étaient des agents du Temple, le corps armé. Les Templiers jouissaient d'une réputation sans faille. Durs, justes, et efficaces. Une épreuve. Pastel allait devoir composer son meilleur rôle. S'ils décelaient, ne serait-ce que le soupçon d'un mensonge, elle était bonne pour une exécution directe. Le Temple régissait en ces rues. Il avait sa propre milice. Un véritable contre-pouvoir à l'empereur.

Pastel essuya son visage, et ses vêtements. Elle secoua ses cheveux, voulant se paraître présentable. Elle abandonna son sourire mesquin, son regard aguicheur. Elle prit un air doux, éthéré, une platitude réchauffante. Un calme dans le brouillard lumineux. Son corps était détendu, porté par la brise. Ses yeux avaient perdus leurs attraits, ils n'étaient plus hypnotiques. Toute son expression se portait sur l'ensemble du visage. Si on la croisait ainsi, on ne se souviendrait pas de son physique, mais d'une sensation.

- Bonjour chers frères.
- Bonjour ma s½ur. Que venez vous faire par ici ?
- Recueillir l'essence terrestre en vos murs.

Cette dernière phrase était un code. Pastel ne savait absolument pas ce que cela pouvait bien dire.

- Montrez votre marque, chère s½ur. Et la porte s'ouvrira.


Pastel écarta son col. Dans le creux de sa clavicule se nichait un tatouage. Une sorte de rosace, faite de quatre cercles. Le garde la salua, et la laissa passer. La porte s'ouvrit.

De l'autre coté, tout était différent. Les remparts atténuaient le bruit. Le calme régnait. Nulle agitation. Nulle saleté. Il y avait de l'air, de l'espace. On distinguait des jardins publics, de la verdure, des terrasses. Les gens se promenaient tranquillement, ou discutaient sur un banc. Ils étaient vêtus sobrement, pour la plupart. Certains révélaient des goûts farfelus. Quoi de plus normal ? Le Quartier étalait son essence première : le Mysticisme. Les ordres se croisaient et s'entrecroisaient. Des sectes, sous-jacentes au Temple, prenaient place ici.
______Et puis, bien sûr, il y avait les célèbres écoles de magie. Sombres, gaies, secrètes. Opulentes, élitistes. Elles disposaient de ruelles entières, pour les plus anciennes. Un écriteau annonçait l'ouverture d'une nouvelle dans cette maison. Un autre annonçait une fermeture là bas. De jeunes élèves jacassaient sur les marches d'un manoir. D'autres, plus âgés, attendaient devant la vitrine d'un fameux libraire. Pastel ressentait la magie omniprésente par certains endroits. Cette dernière modifiait sensiblement la ville. Pour le meilleur, les pavés semblaient plus doux, la montée moins fatigante, la brise rafraîchissante. Et pour le pire, elle donnait parfois naissance à des mirages. La où apparaissait un jardin, ou un banc, il n'y avait que vide... Il fallait une parfaite connaissance du Quartier pour ne pas tomber dans le panneau.

Pastel avançait. Son but était tout là haut, sur le plateau. Elle distinguait déjà le bâtiment. Les Quatre Tours, reliées par de longs couloirs, l'enceinte. Et, le Temple Cube. Au centre.
Elle se remémora les informations essentielles.

« Quatre Tours :
Celle de Fer, elle s'occupe du corps armé, domicile, entraîne, éduque.
Celle Nuage, elle s'occupe du corps scientifique et magique, astronomie, découvertes etc....
Celle de Corail, elle s'occupe des novices, domicile, éduque...
Celle de Bois, s'occupant de l'administration. C'est dans la dernière qu'on doit se présenter.

Le Temple Cube est réservé à l'élite. Il y a une immense fresque sur chaque coté. Pierre et peinture. C'est une immense bibliothèque. C'est aussi le lieu de notre quête : le tombeau de la dépouille de Maxim.

Je suis S½ur Ferdine du couvent Saint Fleurit. Je viens en invité. Je dois étudier et emporter des livres pour mon Ordre. J'ai 28 ans. Mon contact est le Frère Wildrem. »

Sur ce dernier briefing, elle passa l'arche, et se dirigea vers la Tour de Bois.

*
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# Posté le dimanche 19 novembre 2006 04:48

Couplet Cinquième

Couplet Cinquième
______L'auberge du Loir était un lieu discret mais réputé dans le milieu étudiant. Elle charmait par son atmosphère enivrante, celle d'un petit cocon douillet, et par son mobilier vieillot, chargé d'histoire. Le plancher était sombre, un bois brun presque noir, recouvert d'un lourd tapis rouge, avec certains soupçons de couleurs fauves, qui s'étendait sur l'ensemble de la pièce. Il paraissait usé, miteux en certains endroits. Pourtant, son moelleux évoquait la douceur du repos.
______Malgré les fenêtres grandes ouvertes, la luminosité se faisait rare, si bien que le personnel avait accroché des lampes à huiles sur les parois. Elles produisaient un spectre jaunit, adoucissant la blancheur des murs. Plusieurs fauteuils étaient disposés autour d'une cheminée éteinte, au fond à droite. Des tables et des banquettes se plaçaient face aux fenêtres. Quelques jeunes personnes étaient assises, lisant d'épais ouvrages, les lunettes aux bords du nez.

Mathias entra. L'atmosphère lui parut étrangement chaleureuse, quelque chose qu'il ne connaissait guère. Lui, était habitué à l'austérité militaire, la froideur des armes et de la pierre. Sans qu'il en ai conscience, la place éveillait en lui une vague nostalgie oubliée. Celui d'un sein, une douceur maternelle abandonnée. Il allait se détendre quand une fille le bouscula. Elle descendait les escaliers grinçants qu'il n'avait pas remarqué, à sa gauche. Confus, il se poussa pour lui faire plus de place.

- Pardon, réussit il à articuler.
- T'es nouveau toi. Tu cherches une chambre? Demandait elle, se dirigeant derrière le comptoir de bois peint.

Elle était de taille moyenne, peut être plus petite que lui. Des taches de rousseurs qui s'épanouissaient sur un visage ovale. Son nez, légèrement aplatit, possédait une bosse minutieuse. Les cheveux fins, effleurant ses épaules, faisaient ressortir l'onctuosité de ses lèvres pulpeuses. De petites tresses parsemaient sa coiffure, blond châtain.
Les habits sales qu'elle portait lui donnait une allure de ménagère.

- Hum. Oui, dit il le ventre nouée par le trac. Je cherche une chambre, et l'endroit à l'air sympathique. Je, enfin, j'aimerais m'inscrire dans une académie. Je viens de loin pour ça, de l'Est. La ville est si belle...Je n'était jamais venus. Enfin, oui, je cherche une chambre. Est-ce possible?

La jeune fille semblait très intéressée par ce qu'il avait à raconter. La main sous le menton, elle le dévorait de son regard vert eau, souligné par ses sourcils ondulés. Un léger sourire en coin.

- Tu ne pouvais pas mieux tomber. Une chambre vient de se libérer à l'instant. C'est la grande saison, en ce moment. Je vais devoir te faire remplir des papiers, par contre. Quel est ton nom? A quelle Académie appartiens tu? Ton age... Le tralala habituel.

- Je n'ai pas encore d'Académie, je dois m'inscrire encore. Sinon, je m'appel Mathias... Euh... Mathias Pépin.


Elle eu un haussement de sourcil. Un nom aussi ridicule pouvait il exister? C'était le premier auquel il avait pensé. Pourquoi pas un autre? Il se sentait bête. Il ne devait pas divulguer sa véritable identité, mais Pépin ne passait pas vraiment inaperçu. Il fit une moue gênée. Comme pour s'excuser d'une mauvaise blague. Elle le regardait dans les yeux, se retenant de rire. Ses paupières se plissaient, prenant un air félin. Il se demanda si Pastel ressemblait à cette fille dans sa jeunesse. Elle le troublait. Il décida de jouer le jeu à fond. Rester lui même paraissait être efficace...

- Tiens Monsieur Pépin, c'est la clef de ta nouvelle chambre. Par contre, il me faut une avance de 10 pièces d'argent.

Il les donna, les sortant de sa bourse de cuir clair. Il recompta les pièces dans sa main. Elle sourit, et lui effleura la peau, comme un « pas fait exprès ». Il éprouva une sorte de frisson discret quand elle se présenta. Ce doux visage portait le nom d'Anora. Elle lui dit de s'asseoir, qu'il était ici chez lui désormais, puis, disparut sous le comptoir, retournant à ses occupations. Il prit la lourde clef dans sa main moite.
Mathias Pépin, puisque c'était son nouveau pseudonyme, regardait la vaste salle. Cette dernière commençait à se remplir. Les étudiants affluaient, petit à petit, en fin d'après midi. Le temps de prendre un repas, manger un morceau, et filer dans la nuit. Soirées de folie, ou d'étude. L'astronomie ne s'enseignait le jour. L'atmosphère se couvrait de paroles. Un brouhaha digne des meilleures tavernes. Il remarqua un attroupement, près du coin de la cheminée.

Le groupe se constituait autour d'une vieille personne. Un homme maigre, et âgé, possédant une large calvitie, laissant apparaître une peau rose de bébé. Les cheveux restant se tenaient en pétard, d'un blanc immaculé, quelque peu frisottants. Son nez tombant et crochu soutenait de fines lunettes de fer aux grands verres ronds. Il n'arrêtait pas de parler, s'imposant comme l'orateur de la salle, que tout le monde écoute, même en faisant semblant que non. Ses élèves le regardaient avec magnificence, l'admiration des ignorants face à la Vérité. Parfois, avec une pointe d'énervement dû à la théâtralité de l'exercice, l'homme se levait d'un coup, pointant le plafond de son doigt accusateur, à l'ongle mâchouillé. Puis, il s'asseyait calmement dans son fauteuil en bois, à l'assise de cuir rembourré. Un charisme puissant émanait de ce petit corps fébrile. Mathias ne lâchait aucunement son attention. Il se sentait inspiré par l'effluve de savoir que cette personne dégageait.

Dans son dos, Anora se pencha à son épaule, et, lui murmura à l'oreille :

- L'homme là bas, c'est le professeur Archibald. Un éminent scientifique, un peu farfelu sur les bords. Il pense qu'un jour, nous pourrions voler grâce à nos machines. Beaucoup le croit fou, c'est plutôt un drôle de rêveur. Il appartient à l'Académie Gobelin, mais il préfère loger ici. On ne s'ennui pas avec lui, ça c'est sûr.

Elle enleva la main qu'elle avait négligemment posée sur sa nuque. Du coin de l'½il, Mathias la regarda monter les escaliers, un panier à linge dans les bras. Il réfléchit une seconde, ou deux, puis se décida à entrer dans le groupe. Le moment de jouer son rôle était déjà venu. Il fallait se faire une place et attendre. L'utile viendrait par la suite.

Il passa une excellente soirée, et c'est avec plaisir qu'il rejoignit son lit. Verdict? Confortable.

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# Posté le mercredi 20 décembre 2006 19:08

Modifié le jeudi 21 décembre 2006 04:39

Couplet Sixième

Couplet Sixième
Le clair de lune baignait les toits de sa couleur argentée. Un spectre gris scintillait sur les tuiles, illuminant les hauteurs des Bas Quartiers. Quelques nuages apparaissaient en négatif, dans ce ciel noir encre. Un noir profond, nébuleux, où se perdent l'esprit et les rêves maigres des petites gens.
_______Il se tenait là. Accroupi près de la gouttière, il humait la chaleur lourde du soir. C'était un parfum moite, aigre comme la sueur rance. Les rues sentaient les tripes de poissons en pleine décomposition, une monnaie courante dans ce genre d'endroit. Une écharpe, de couleur de lait cru, lui couvrait le nez. Il portait un bandeau pour maintenir son épaisse chevelure brune, frisottante ; son ensemble blanc, plutôt ample, ne cachait pas la carrure de ses épaules. On aurait dit un gros matou, sur le qui vive, inspectant la ruelle qu'il surplombait. Une brise âcre vint soulever les petites dentelles qu'il tenait pour parure. A ces poignés et ses oreilles trônaient des bijoux d'argents de style Kahlibéen. Ses yeux s'illuminèrent quand il aperçu sa proie, un petit roux rondouillard.

Trabul ne connaissait pas exactement l'heure du rendez vous. On lui avait dit de se promener dans la ruelle des marionnettes une fois qu'il aurait les informations. C'était assez vague. Il n'aimait pas ça. Il n'était pas d'un tempérament courageux, il ne cachait pas son opportunisme. D'ailleurs, dans le métier, c'était une qualité. Il serra la dague qu'il gardait à la taille lorsqu'il pénétra l'ombre de la ruelle. Un maigre frisson lui chatouilla la colonne vertébrale. Son ventre se nouait tandis qu'il tentait de percer l'obscurité. Aucune silhouette ne se profilait. Après un moment de nette absence, il soupira, relâchant ainsi la tension de ses épaules. Il n'y avait que de vieilles nippes poussiéreuses, et de vagues insultes gravées dans la pierre. Sa main quitta sa ceinture, il chercha au fond des poches de sa veste un reste de tabac.
_______Soudain, l'homme sauta du toit. Trabul eu un sursaut d'effroi voyant cette masse atterrir juste sous ses yeux. La main de l'homme le plaqua contre le mur avec force. Il était totalement à sa merci.

- Tu n'es pas assez prévoyant, Trabul. On sentirait presque la pisse qui dégouline de ton froc.
- Ca ne va pas de me faire des frayeurs comme ça ? Je ne suis plus tout jeune. Du reste, je n'...
- Trêve d'excuses. As-tu ce que je t'ai demandé ?

La prise de l'homme diminuait peu à peu. Il pu s'accroupir pour tirer l'objet de son gros sac. C'était une épée courte de moyenne qualité. La garde, à moitié rouillé, présentait de nombreuses cassures. Toutefois, la lame était encore affilée. L'homme eu un grognement de mépris.

- Je sais, commença Trabul, je n'ai pas pu te trouver de cimeterre. Ce n'est pas si courant ici. Mais j'ai pu recueillir ton autre demande. Le Prince Voleur, Tarsim dit le borgne, est prêt à te rencontrer. Il semble intéressé par tes nombreuses capacités.

L'homme eu un petit rire. Sa face évoquait un plaisir malsain. Le prestige était bientôt à sa portée. Il allait faire un peu d'éclat. Voila qui plairait sûrement au capitaine. Infiltrer la cour d'un Prince Voleur n'était pas sa tasse de thé. Pour être discret, il fallait du temps. Il n'aimait pas le temps. Il préférait l'action, rapide, nette, précise. Donner un coup de pied dans la fourmilière, écraser les insectes un à un. Le nom de Tikrith sonnerait bientôt dans les rues. Il devait paraître bête, et ambitieux. Assez fort pour se faire craindre. Assez fou pour être méprisé. Une belle tension en bombe à retardement. Tic tac, elle péterait au moment voulu.

- Trabul, introduis moi ce soir. J'espère pour toi que tu m'avais rien prévu pour ce soir, dit il d'un ton sec qui n'acceptait aucun refus.

Le petit rouquin répondit d'un haussement d'épaule. Il restait interdit, presque hypnotisé par le regard de Tikrith. Un regard empli de sang, qui émanait la folie. Quels seraient donc ses projets ? Une force étrange, presque magnétique, le poussa à obéir.
Dans la nuit, Tikrith ria à gorge déployée.

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# Posté le dimanche 20 mai 2007 17:57

Couplet Septième

Couplet Septième
L'été aidant, les Bas Quartiers de Flamboyance était connus pour être noctambules. Le jour, il régnait un calme mortuaire, presque figé dans le temps, dans ces rues constellées de misère. De pauvres tavernes ouvraient leurs portes, tandis que les maisons closes prenaient repos. C'était un centre ville autrefois brillant, laissé par la suite à l'abandon. Il restait, de ci de là, certaines statues défraîchies, épargnée par la casse ; ou bien le vestige d'une fontaine, au centre d'une place bosselée. Même les érudits du Temple venaient parfois étudier d'anciennes fresques cachées sous la poussière.
______Toutefois, ils ne se risquaient pas à venir la nuit. L'ambiance y était toute autre. Le crépuscule se parait de couleurs vives et chatoyantes. Les avenues sortaient les lampions, et le monde devenait sourire. Les venelles demeuraient sombres, et peuplées d'odeurs épicées, fantasmatiques. Les drogues s'étalaient aux rayons de lune. Une foule adepte circulait, elle formait un ensemble hétéroclite, du noblaillon en quête de divertissements à l'orphelin voleur de bourses. Il valait mieux connaître les règles. Ici, la Farce faisait loi. Une sorte de pacte entre les habitants et les autorités, qui faisait des Avenues Principales un centre d'exposition et de spectacles. De nombreux théâtres ambulants s'y produisaient. En dehors, c'était la jungle urbaine. Un terrain d'affrontement pour les Princes Voleurs. Tarsim le borgne avait fait main basse sur l'artère Est, celle qui séparait le Quartier Marchand du Faubourg Artisan.

Au détour d'une ruelle lugubre, les deux hommes s'arrêtèrent face à une porte noire. Un chaos de musique résonnait des fêtes alentours. Un groupe s'était formé autour d'un jeu de carte, sans doute une arnaque. Trabul frappa deux coups sec, attendit trente secondes, et en frappa un troisième. Tikrith regardait le bâtiment, d'une teinte grisâtre, il ne distinguait aucunes lumières à travers les fenêtres brisées. Un mastard ouvrit la porte. Il était percé de partout. Il caressait l'anneau de son nez en dévisageant le duo. Il les fit entrer quand Trabul sortit une pièce d'argent et lui calla dans sa paume.
______Tikrith inspectait dès lors l'intérieur d'une vieille grange. Son plafond était haut de quelques étages, et correspondait au toit. Les poutres se croisaient et s'entrecroisaient, et il comprit pourquoi il n'y avait point de lumière aux fenêtres. Seuls les pigeons nichaient là haut. Cette affirmation fût contredite par l'apparition d'un enfant. Il marchait avec équilibre vers ce qui semblait une cabane, son nid douillet. Le Kahlibéen n'eu guère le temps d'en savoir plus, des hommes l'invitait à passer une arche. Celle-ci menait à une coure intérieure, au sol pavé, cernée par de vieilles bâtisses. Etrangement, l'atmosphère se révélait familiale. Les adultes discutaient entre eux, pendant que les enfants chahutaient dans les coins. Les tables étaient sorties, comme une taverne privée. Il s'établissait un microcosme, coupé du reste de la ville. Les mots se croisaient dans un cahot exotique. Par leurs accents, Tikrith devinait leurs provenances, les Steppes Ogres pour la plupart. Ce devait être une souche installée du peuple Caravanier. Ils ne le remarquèrent presque pas.

Trabul le mena à une maison plus opulente, gardée par deux colosses. Sûrement les frères du mastard de tout à l'heure. Ils les laissèrent passer, louchant sur l'épée crasseuse que portait Tikrith. L'Antre était sobre, illuminée par quelques bougies vétustes. On parvenait à peine à se repérer. Le gros rouquin connaissait les lieux, et s'amusa à presser le pas. Ils montèrent un escalier d'où parvenaient les échos d'une conversation. Dans un dédale de couloirs, les paroles se disloquaient, rendant toute compréhension impossible.

- Le premier étage est construit sous forme de labyrinthe, commença Trabul. C'était le caprice d'une maîtresse d'un Duc influant, d'après la légende. On ne sait vraiment pourquoi, mais le lieu n'a pas finit de révéler ses secrets. Comme on n'arrête pas de tourner, on a l'impression que l'espace est immense. Ce qui est tout bonnement faux. Enfin, tu verras par toi-même.


Avant d'avoir le tournis, ils arrivèrent sur une terrasse éclairée par des torches et l'éclat fantomatique de la lune. Le sol carrelé représentait un motif complexe, en circonvolutions, boucles, et couleurs. De nombreuses personnes discutaient en petits groupes, assis en rond sur de vieux canapés, autour d'une boisson raffinée. En face était montée une estrade spacieuse, où siégeait un homme bronzé, vêtu à la mode avec froufrou et jabot, sur un trône doré. Il était entouré d'une cour moins sophistiquée, même vulgaire, laissant apparaître un fort penchant pour les vices et la luxure. Ils devaient être une dizaine à lui tourner autour, avec leurs airs libidineux. L'atmosphère restait particulièrement glauque quand l'homme au trône fit signe à Trabul de s'avancer. Les paroles se turent peu à peu. On arrêta Tikrith au bas de l'escalier qui menait à l'estrade. Il ne broncha pas.

- Trabul, mon cher Trabul, prend donc place. La jeune Effizenie n'est pas farouche. D'ailleurs, sert lui à boire, ma petite. Trabul mérite bien sa place parmi nous, n'est-ce pas ? Voila qui est mieux.
- Je vous remercie de votre accueil, Tarsim. J'ai ici l'homme que vous vouliez rencontrer. Il s'appel Tikrith, c'est un Kahlibéen. Il vient à peine d'arriver à Flamboyance. Je vous ai déjà parlé de ses facultés.
- En effet, c'est juste. Il se débrouille dans les illusions, si je me souviens bien.
- Les illusions, et le pistage, mon prince. Il possède, en plus, une carrure qui en détournerait plus d'un.
- Et d'un charme exotique qui en attirerait d'autres. Mais qu'il s'approche, j'aimerais contempler son minois, et lui poser quelques questions. Ce n'est pas tous les jours que Trabul me présente quelqu'un. Peut être pourrions nous le tester, quand dites vous mes frères ?

La cours acquiesçait alors que Tikrith montait tranquillement les marches. Il ne semblait pas impressionné. Ses yeux demeuraient fixes, sa démarche, souple. Tous l'observaient, s'attendant au moindre faux pas. Ils espéraient placer la raillerie qui illuminerait la soirée. S'attirer la caresse de Tarsim semblait être un désir permanant. Tikrith prenait cela avec mépris. Ils n'étaient pour lui que des larves, des pantins entre des mains inexpérimentées. Tarsim avait du conclure un pacte avec la communauté du coin pour être à la tête de ce quartier. Il avait tout d'un fils à papa, gâté et décadent. Néanmoins, il jouissait d'un certain prestige dans la profession.

- Voila donc le fameux Tikrith. C'est qu'il est encore plus mignon de près. Je suis Tarsim, maître des lieux. Peux tu nous montrer un de tes talents ? J'aimerais une illusion particulièrement réussie.
- Dommage, je ne suis pas un bouffon de château, répondit froidement Tikrith.

L'assemblée parut choquée, un homme se leva pour plonger sur le Kahlibéen. Celui-ci s'écarta, et d'une poussée, le fit jaillir hors de l'estrade. La chute fut d'abord accueillit par un lourd silence.

- Merci d'avoir libéré une place. Désormais, elle sera mienne.

Il y eu un grand éclat de rire. Tarsim se tenait les côtes, hilare. Un rire gras sortant de sa gorge. D'un mouchoir en soie, il s'essuya le coin de ses yeux parlés de larmes. Le fou rire s'emparait de la terrasse, tandis que l'homme tombé se relevait, tout confus, et se forçant à sourire.

- Merci Trabul. J'aime déjà ce type ! S'exclama Tarsim.

Tikrith venait déjà de se faire une belle réputation.

*

# Posté le mardi 29 mai 2007 07:23

Modifié le mardi 29 mai 2007 08:33

Couplet Huitième

Couplet Huitième
_______Le rire avait enfin détendu l'atmosphère et lancé la fête. Il commençait à s'ennuyer ferme. Ce genre de soirée, il les connaissait par c½ur. Elles l'auraient dégoûté, si elles ne s'étaient pas révélées utiles à maintes occasions. Se créer des contacts était un réflexe vital dans la profession. On jugeait les gens autant par leur entourage que par leurs capacités. Par expérience, il possédait les deux. Son visage commençait à porter les stigmates du temps, mais son corps restait vigoureux. Plus que tout, son regard bleu glacé forçait au respect, sinon à la crainte. On aimait sa compagnie car il avait de la conversation. Les anciens se faisaient rare dans le milieu. Plus encore ceux qui avaient voyagé comme lui à travers Ocarina. Aujourd'hui, l'époque était à la sédentarisation. La formation d'un territoire comptait bien plus que l'aventure. Dommage, et triste. Comment pouvait on encore parler de liberté ? Il avait un mépris à peine contenu pour les gens assis autour de lui. Il sirotait un cocktail H'Obolin tandis que ses comparses se calmaient peu à peu. Ils ne savaient pas boire, ni savourer pleinement les stupéfiants. Pour eux, seule l'euphorie avait de l'importance. Ils se précipitaient comme des chiens vers un os, et se perdaient en des éclats d'une joie fausse. Décidément, il avait bien fait d'envoyer tout ça en l'air. Il en remerciait Orwe. Où était il maintenant ? Cette question ne cessait de l'harceler.
_______Les s½urs Mezerines lui parlaient, mais il n'y avait pas fait attention. Elles étaient vulgaires, comme tout ce qui les entourait. Leur peau était recouverte d'une crème luminescente, de couleur verte pailletée. Ca devait valoir la peau des testicules, voire au-delà, se disait il. La mode venait directement du nord de la Valée des Grands Fleuves, une région proche du désert Kahlibéen. Ces deux brins de filles auraient eu du charme, si elles n'étaient pas aussi maigres. Associé à la couleur, elles prenaient un aspect fantomatique. Leur voix suave et éthérée devait rendre fou une bonne partie des déviants sexuels présents. Il n'en faisait pas partie. Par contre, Durty le Borgne, son voisin de droite, avait l'air intéressé. Ne jamais faire confiance à un borgne. Durty était une belle canaille. Elle n'avait pas froid aux yeux... enfin, à l'½il... C'était une blague récurrente, mais, néanmoins, vrai. Ce type avait commis pas mal de casse à succès. Toujours avec brio, style, et sans de laides bavures. Sa passion restait de jouer du couteau. On racontait qu'il avait un passé de videur de poisson, étriper comme dada. Durty poussait le flirt plus loin, les Mezerines jouaient le jeu. Tout cela retombait dans la routine.

Il avait atterrit ici en ayant perdu la traces d'Orwe. Après des semaines, des mois, de traques, celui-ci avait réussit à lui filer entre les doigts. Un coup de malchance. Ca s'était passé sur l'Ile du Frisson. Orwe et sa bande étaient déjà partis, tandis que lui restait coincé dans cette région hostile. La jungle était omniprésente sur cet îlot montagneux. La chaleur torride des jours rendait la tâche plus difficile encore. Et pour combler le tout, de nombreuses tribus se partageaient cet espace quasiment vierge de toute civilisation. Pourtant, les vestiges d'un peuple perdu attiraient de nombreux aventuriers. Tellement nombreux que cela en devenait agaçant. Il y a bien longtemps qu'un pacte a été signé avec l'Empire, laissant l'Ile affranchie des grandes nations. Ce genre de promesse s'oublie. Les marchands téméraires commençaient à s'implanter, s'enraciner dans leur port de fortune. Leurs influences devenaient importantes. Trop. La tribu des Sorgos s'était révoltée contre les navires de l'Empire. Ils se sentaient colonisés. Le port étranger grandissait, et avec lui, la débauche. Les jeunes tentaient leur chance, ou se trouvaient corrompus. Certaines filles finissaient dans des bordels, en prix d'une dette de jeu. De plus, les blancs apportaient la maladie. Une nécrose rapide et pratiquement infaillible : Le Mal Gris. Les Sorgos en ont eu assez, et sont partis au combat, ameutant d'autres tribus. Le timing était trop mauvais pour partir. Il ne faisait pas bon d'être de couleur claire dans les parages. Les Sorgos ne font pas de distinctions. Ils sont sanguinaires, et assoiffés de vengeance. Il avait dû se cacher pendant les quelques jours de lutte. Le port principal était en feu, et la plupart des navires en déroute. Les Sorgos essayaient de dénicher les enclaves pirates, plus secrètes, moins accessibles. Il y avait peu de survivants dans l'autre camp. Les vagues et les rochers s'étaient tintés de sang. Le reste était réduit en esclavage, ou en nourriture...
_______Finalement, il avait réussit à rejoindre une tribu ami, les Houstou. Il avait, dans son périple, guérit leur chaman du Mal Gris. Il leur avait même apprit la potion nécessaire aux soins, de quoi les rendre indispensables pour tribus alentours. Se faire des contacts est assurément un réflexe vital dans la profession, comme ailleurs. Le chef lui devait une grande faveur, et son nom était même inscrit dans les Arcannes du village, un moyen de le faire entrer dans l'histoire à tout jamais. Par influence, les Houstou réussirent à l'intégrer dans un équipage de chasseurs de perles qui remontait vers le Golfe de la Main. Une porte de sortie enviable, qu'il monnaya d'un Artefact léger : Le Coquillage d'Isabella. C'était une relique ancienne, plus sentimentale que pratique. L'Artefact contenait l'écho d'un chant de sirènes. L'ensemble restait divin, et ferrait un bon cadeau pour une femme de haut rang.
_______Arrivé à l'Ile du Doigt Coupé, ses illusions furent réduites à néant. Il ne restait plus aucune trace d'Orwe, ce dernier n'avait pas traîné. Comme il ne connaissait pas ses plans, il se retrouvait perdu dans la nature. Orwe redevenait invisible, et lui, sans but précis.
Par ses différents réseaux, il apprit en gros les événements qu'Orwe avait rencontré durant sa courte escale. Un groupe s'était fritté avec un autre. L'un était composé de trois personnes : Une Lycanthrope, un bronzé peut être natif du coin, et un type vêtu d'une veste ésotérique. L'autre était dirigé par un type salasse du nom de Sçard. Ce dernier était mort, ou du moins réputé mort, donc d'aucune utilité informative. Il essaya de s'introduire dans sa petite bande. En vain. Il les avait sous estimé. C'était tous des durs, aux airs professionnels. Des hommes entraînés qui paraissent banaux aux premiers abords. Des espions, sans aucuns doutes. On ne leur arrachait pas les informations facilement. Il enrageait. La piste d'Orwe semblait définitivement perdue. La seule chose qu'il lui restait à faire était d'enquêter sur les éléments affiliés. Les lieux qu'il avait visités. La veste...

Il s'était rendu à Flamboyance. La capitale de L'Empire, et donc du savoir d'Ocarina. Il espérait, par le biais du Temple, étudier les propriétés de la Pierre de Sang. Après tout, c'était bien dans cette même ville qu'elle avait été volée, il y a fort longtemps. Un casse d'enfer à travers le Palais Impérial. Les secrets de la Pierre pourraient peut être mettre à jour les secrets d'Orwe.
_______Il était très vite entré dans les différentes cours des Princes Voleurs. Son charisme, plus que sa réputation, suffisait en carte de visite. Il avait le nez pour repérer les influences de chacun. Les années l'avaient pratiquement rendue anonyme aux yeux de la milice. Flamboyance était d'ailleurs pour lui un lointain mais joyeux souvenir. La ville de ses débuts. Le détour des rues l'avait rendu nostalgique. Que restait il de ses anciens amis ? Que restait il de ses visages mille fois contemplés, mille fois embrassés ? La solitude est un prix lourd à la liberté. Il était un électron à travers cette folle ville. Il se fichait les lois, et des codes. Les Bas Quartier, il les connaissait mieux que certains natifs. Il pouvait se lâcher, sans aucune limite. Par connaissances interposées, il avait rejoint la cours de Tarsim. Ce jeune Prince avait le mérite de n'être aucunement dangereux. Son caractère frivole avait suffit à le rendre populaire. Tarsim doit cacher un secret pour réussir ainsi, se disait il.

Il sorti de ses pensées quand Durty lui souhaita le bon soir. Ce dernier partait avec les s½urs Mezerines, bras dessus, bras dessous, poursuivre leur soirée dans un lieu plus tranquille. Il n'imagina ce que le Borgne allait bien leur faire, il s'en fichait. Il ne restait guère de monde proche de lui. Tous étaient intéressés par le nouveau venu. Le Kahlibéen répondant au nom de Tikrith. Lui-même trouvait que cet homme impressionnait. Tikrith dégageait une sorte de prestance, une aura parfaitement maîtrisée. Cet homme avait des dons magiques, et peu de personnes s'en était rendu compte. Un charme se tissait peu à peu sur l'assemblée. Les c½urs étaient conquis, sauf le sien. Finalement, voila un homme enfin à ma mesure, se disait l'homme.
_______Comble de la surprise, Tikrith portait un bracelet particulier. Un bracelet que l'homme avait déjà vu, sur l'Ile du Doigt Coupé. Le même que les hommes de Sçard. Hasard ou destin ? Le Kahlibéen semblait être lié, de près ou de loin, à ces hommes. Ces hommes qui eux même étaient liés à Orwe, dans l'hypothèse. La piste était mince, mais il ne croyait pas à la chance. Du moins, pas de cette façon. C'était un signe du Destin. Orwe s'était peut être volatilisé, mais son ombre restait présente. Elle planait sur sa propre vie, il en était persuadé maintenant. La chasse était ouverte, de nouveau.

Sur ce, Hell McFuris se leva, et alla saluer Tikrith, le c½ur remplit d'espoir.

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# Posté le mardi 05 juin 2007 11:00

Modifié le mardi 05 juin 2007 11:42