________Les enfants jouaient sous le soleil radieux. Luminescence du ciel azuré qui étincelait sur la neige, laissant pétiller ces paillettes d'aurores. Heureux, ils jouaient sur le chemin verglacé, emmitouflés sous leurs manteaux de peau. Seul le bout de leurs nez était atteint par le froid, mais cela, ils s'en fichaient. Rire leur procurait du bien, une joie qui effaçait les sombres derniers jours. Le village renaissait avec ce temps, froid certes mais, à la beauté communicative, le blizzard n'était plus. L'étranger devait y être pour quelque chose. Il avait chassé le vent glacial, et chassait maintenant la maladie. Un attroupement s'était formé devant l'une des maisons : celle de la vieille toute cabossée, grincheuse, et grinçante. Tout le village regardait, ou presque. Il se passait tellement peu de chose ici...
________La vieille était étendu sur le ventre à mène la table, le dos nu. Elle était plutôt quelqu'un de bornée, méfiante. Pourtant, cet Ogre par sa douceur réussit à la convaincre. Il avait lu sa méchanceté frustrée dans son regard. L'incompréhension perpétuelle qu'elle ressentait. Par des gestes lents et précis, il lui enfonça plusieurs aiguilles dans la peau de son dos. Les badauds regardaient abasourdis. Non, elle ne criait ni raillait avec sa langue putride. Parfois, l'on pouvait remarquer un léger tressautement de son sourcil, mais nulle souffrance.
________Le temps s'écoula et les aiguilles furent retirées. La foule retenait son souffle. L'ogre massât le corps et lui remit les vertèbres en places. Lentement, la vieille se leva et posa son pied à terre. Comme par miracle, elle marchait droite et sans douleur. Elle sourit, les yeux en pleurs. La foule acclama l'Ogre. Des « Vive Vlöd Granov » s'épanouissaient. Une tournée générale fut offerte par le Chef.
________Les enfants s'arrêtèrent subitement de jouer. Trois silhouettes s'avançaient, illuminée par le soleil. Leurs souffles étaient fumés, on distinguait de lourds sacs à leurs dos, c'étaient vraisemblablement des voyageurs de longues routes.
Ils allèrent prévenir leurs parents. Ceux-ci se turent, autant de passage en plein hiver, quatre personnes en deux jours, cela faisait beaucoup pour eux malgré l'extrême amabilité de L'Ogre. Les trois silhouettes devenaient de plus en plus visibles. Une femme et deux hommes.
________Le Chef, suivit par trois hommes de la milice et de Vlöd, alla à leur rencontre.
- Halte, leur dit il. Déposez vos affaires et vos armes devant vous.
Ils se regardèrent tout les trois. Le grand maigre commença à rire, mais ils exécutèrent la demande.
- D'où venez vous ? Et que venez vous faire ici, reprit le chef.
- Nos montures sont mortes lors de la tempête d'hier. Nous cherchons un endroit où se reposer et de quoi les remplacer.
- Vous vous êtes trompé de place. Nous sommes pauvres et n'avons rien à vous vendre.
- Permettez nous au moins de rester un peu.
Le Chef regarda ses hommes puis l'Ogre. Si ce dernier n'aurait pas été accueillit...
- C'est d'accord, dit-il. Laissez vos affaires ici, nous les transporterons chez moi. J'offrais justement une tournée générale.
________Ils traversèrent le village. Ils étaient sales, puant de sueurs, le visage et les mains marquées par le soleil hivernal. Les deux hommes portaient une barbe, drue pour le grand maigre, touffu pour l'autre plutôt râblé. La femme, les cheveux pourtant sales et emmêlés, dégageait une certaine beauté. Les enfants curieux les observaient en riant.
- Qu'ils sont mignons, dit Twim.
- Brafhff... Je déteste les morveux, répondit Jinta.
________Après le pot, on leur proposa de se laver et de nettoyer leurs habits. Ils acceptèrent de bon c½ur. Vlöd, pendant ce temps là, alla aux chevets d'enfants malades. Il régnait comme une sorte d'atmosphère électrique dans le village. La morosité de l'hiver était brisée, ces étrangers amenaient des sujets de conversations diverses, c'était comme si le village se réveillait d'une longue hibernation. Des hommes reprenaient leurs instruments, et un bal improvisé prit forme. Twim, une fois propre, resplendissait de beauté. Nombreux étaient les hommes qui l'invitaient à danser, elle acceptait mais ils ne purent gagner plus qu'un sourire.
________La nuit tomba et les présentations furent cordialement faites. Il y avait le barbu aux cheveux mi-long et à la veste mystique : Orwe, la radieuse Twim et Jinta, le Grand maigre à la peau basanée. L'Ogre Vlöd Granov se présenta également. Ensemble, ils parlèrent autour d'une choppe.
- Alors comme ça, vous vous rendez en Steppes Ogres ? Demanda Vlöd.
- Exact, répondit Jinta, y'aura de l'aventure, de la castagne et tout un tas de truc amusant là bas. Et vous pouvez me faire confiance, j'ai le nez pour ces choses la. Et puis, ça fait du bien de changer d'air.
- Votre voyage est donc sans but ?
- Et bien... commença Jinta.
- Pas exactement, coupa Twim.
Un ballon tomba sur le verre de Jinta. L'alcool éclaboussa sa figure et ses habits furent tachés. Dehors, des rires d'enfants se firent entendre.
- Ces maudits gosses. Je déteste ce genre de mioches crasseux. Je vais leur faire pleurer leur race, il vont voir de quel bois je me chauffe... dit Jinta qui quitta la table.
- Ne vous inquiétez pas, dit Twim à Vlöd, il est toujours comme ça. Il nous a déjà fait le coup.
- Vous semblez bien connaître les terres Ogres, dit Orwe qui prit pour la première fois la parole.
- En effet, je suis une sorte de voyageur. Je viens d'Origami en fait, le coté oriental. J'ai traversé les Steppes de nombreuses fois pour venir apprendre les techniques de soin d'Ocarina. Je véhicule un certain savoir.
- Nous avons besoin d'un guide pour entrer dans la forêt centrale, la forêt de Mitràwin.
- C'est un endroit dangereux, le plus dangereux de la steppe.
- D'où l'importance d'un guide.
Un silence planait sur la table, au centre de la joie des villageois. Le regard d'Orwe était attirant, comme étoilé. L'Ogre prit un plaisir à le scruter.
- J'accepte de vous y conduire, mais il faudra tout me raconter alors, dit il avec un sourire entendu.
________Dehors, Jinta jouait et riait comme un petit fou avec les enfants.
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